Kente ashanti, kente ewe et kita : comprendre le véritable pagne tissé Akan
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Le kente fait partie de ces étoffes que l'on reconnaît avant même d'en connaître le nom : des bandes colorées, des motifs géométriques nets, des contrastes qui accrochent l'œil immédiatement.
Mais réduire le kente à son apparence, c'est passer à côté de l'essentiel. Chez les peuples akan et ewe, ce tissu est un langage. Il dit un rang, une circonstance, une appartenance. Il se porte à des moments précis, et chaque combinaison de couleurs et de motifs y a un sens.
Cet article explique ce qu'est réellement un kente, comment il est fabriqué, pourquoi on l'appelle aussi kita, et surtout comment distinguer un véritable pagne tissé d'une imitation imprimée.
Qu'est-ce que le kente ?
Le kente est un textile tissé à la main, en bandes étroites cousues bord à bord, produit par les peuples akan et ewe d'Afrique de l'Ouest. Les Akan l'appellent nwentoma, littéralement « tissu tissé ». Il est traditionnellement réservé aux grandes occasions : intronisations, funérailles importantes, cérémonies familiales et religieuses.
Ce qui définit un kente, ce n'est donc ni sa couleur ni son motif, mais sa méthode de fabrication : un tissage manuel, bande par bande, sur métier traditionnel.
Kente, kita, nwentoma : les noms d'un même tissu
Le même textile porte plusieurs noms selon l'endroit où on le nomme.
Kente est le terme ghanéen, issu de l'akan — on le rattache souvent à kenten, le panier, en référence à l'aspect entrelacé du tissage. Kete est la forme employée chez les Ewe. Kita est le nom utilisé en Côte d'Ivoire et dans plusieurs pays francophones voisins.
Ces variations ne recouvrent pas des tissus différents. Elles reflètent une aire culturelle qui s'étend de part et d'autre d'une frontière tracée bien après la naissance du tissage. Les Ashanti du Ghana, les Agni de la région d'Abengourou et les Baoulé de Côte d'Ivoire appartiennent tous à l'ensemble akan. Les métiers, les techniques et les tisserands ont circulé entre eux pendant des siècles.
Dire « kita » plutôt que « kente » n'indique donc pas un tissu de moindre qualité. Cela indique seulement de quel côté de la frontière on se trouve.
Aux origines : d'où vient le kente
Le kente est né chez deux peuples d'Afrique de l'Ouest : les Akan et les Ewe. On trouve aujourd'hui les Akan principalement dans les régions ashanti au Ghana et baoulé ou agni en Côte d'Ivoire, et les Ewe entre la région de la Volta et le Togo.
Mais la vie réelle des lignages et des ateliers n'a jamais suivi les cartes coloniales. Alliances, mariages, routes commerciales et échanges de savoir-faire ont fait circuler les techniques textiles bien au-delà des frontières modernes.
Dans cet espace, le kente s'impose comme un pagne des grands moments. Il accompagne l'intronisation des chefs, les funérailles d'importance, les cérémonies majeures. Il signale le rang, la responsabilité, la mémoire et l'appartenance à une histoire plus large que celle de l'individu qui le porte.
Comment se tisse le kente
Le principe des bandes étroites
Ashanti comme Ewe tissent le kente sur des métiers horizontaux. Le pagne n'est jamais tissé d'un seul tenant : il est construit à partir de bandes étroites, généralement entre 6 et 12 centimètres de largeur.
Chaque bande est tissée séparément, avec son propre motif et son propre rythme de couleurs. Le tisserand travaille assis, la chaîne s'étendant devant lui sur plusieurs mètres.
L'assemblage
Une fois les bandes terminées, elles sont cousues bord à bord pour former le pagne complet. Cette étape n'est pas un détail technique : il faut aligner les motifs d'une bande à l'autre pour que le dessin reste lisible sur toute la largeur, tout en assurant la solidité de l'ensemble.
C'est ce qui explique le prix d'un véritable kente. Là où un tissu industriel sort au mètre, un kente demande le tissage de plusieurs bandes puis leur assemblage manuel, motif contre motif.
La transmission du savoir-faire
Le tissage reste profondément lié aux familles artisanales et aux communautés de tisserands. L'apprentissage suit un schéma maître–apprenti : l'apprenti commence par préparer les fils, aide à installer la chaîne, tisse des bandes simples, puis aborde progressivement les motifs complexes réservés aux pagnes de prestige.
Un tisserand accompli met des années à maîtriser les motifs les plus élaborés.
Kente ashanti et kente ewe : quelles différences ?
Les deux traditions partagent la technique, mais pas tout à fait l'esprit.
Le kente ashanti est historiquement lié à la cour et au pouvoir royal, autour de Kumasi et du village de Bonwire, réputé pour son tissage. Ses motifs sont majoritairement géométriques et abstraits. Beaucoup de compositions portent un nom propre et renvoient à un proverbe, une devise ou un événement historique.
Le kente ewe, souvent appelé kete, développé notamment autour d'Agotime, admet plus volontiers des motifs figuratifs : objets, animaux, symboles du quotidien insérés dans la trame. Il a aussi été plus tôt et plus largement destiné au commerce, moins strictement réservé à l'usage cérémoniel.
Ces distinctions sont des tendances, pas des règles absolues. Les deux traditions se sont observées et influencées.
Le sens des couleurs
Dans la tradition akan, les couleurs du kente ne sont pas décoratives. Les correspondances les plus couramment rapportées sont les suivantes.
- L'or et le jaune évoquent la richesse, la royauté, le statut élevé.
- Le noir renvoie à la maturité, à l'énergie spirituelle, au lien avec les ancêtres et au deuil.
- Le rouge exprime la force, la passion politique, mais aussi le sang et le deuil selon les contextes.
- Le bleu est associé à la paix, à l'harmonie et à l'amour.
- Le vert évoque la croissance, le renouveau, les récoltes.
- Le blanc est lié à la purification et aux occasions festives.
Ces lectures varient selon les régions, les familles et les époques. Elles se combinent aussi : un pagne se lit dans l'association de ses couleurs, pas dans chacune prise isolément. Il faut donc s'en servir comme d'un repère culturel, non comme d'un code figé.
Comment reconnaître un véritable kente d'un imprimé
C'est la question la plus utile en pratique. Énormément de vêtements vendus comme « kente » sont des cotons imprimés reproduisant l'apparence du tissage. Quatre vérifications suffisent.
Le relief. Un kente tissé se sent sous les doigts. Les motifs sont en surépaisseur, parce qu'ils résultent de fils insérés pendant le tissage. Un imprimé est parfaitement lisse.
Les coutures d'assemblage. Les bandes cousues bord à bord restent visibles sur toute la longueur. Un imprimé, produit en grande largeur, n'en présente aucune.
L'envers. Sur un tissage, le motif est structurellement présent au dos. Sur un imprimé, l'envers est pâle, voire blanc.
Les irrégularités. Une bande légèrement plus large, un motif qui ne tombe pas exactement en face de son voisin : ce sont les traces du métier et de la main. Ce ne sont pas des défauts, c'est la signature du travail manuel.
Porter le kente aujourd'hui
Le kente a longtemps été un textile de cérémonie. Rien n'oblige à le cantonner à cet usage.
Sa force chromatique demande simplement des associations sobres : un haut uni de belle qualité, une chemise en lin écrue, une pièce noire. Le contraste fait le reste. Porté en pantalon ou en tunique, il s'intègre sans difficulté à une garde-robe contemporaine.
Une remarque de fond, cependant. Le kente n'est pas un motif décoratif libre de droits culturels. Le porter en connaissant son origine, en sachant qui l'a tissé et d'où il vient, n'est pas la même chose que consommer un imprimé qui en singe l'apparence. C'est précisément la différence que nous défendons.
Nos pièces en véritable kente
Chez Kaolack Créations, nous travaillons avec des tisserands que nous connaissons, de part et d'autre de la frontière entre le Ghana et la Côte d'Ivoire, là où vivent les peuples akan. Notre Kita est tissé à Abengourou, dans l'est ivoirien. Retrouvez nos vêtements en véritable pagne tissé dans nos pantalons africains et nos tuniques et hauts africains femme. Ces pièces sont également visibles et essayables à Kama The Shop, 51 rue Vauvenargues, Paris 18ᵉ.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre le kente et le kita ?
Aucune sur le fond. Kente est le nom ghanéen, kita le nom employé en Côte d'Ivoire. Les deux désignent le même textile akan tissé en bandes étroites assemblées.
Le kente est-il en coton ou en soie ?
Les deux existent. Historiquement, les pagnes de prestige pouvaient intégrer de la soie, souvent obtenue en détissant des étoffes importées. Le kente courant est en coton.
Pourquoi le kente coûte-t-il cher ?
Parce qu'il est tissé bande par bande à la main, que les motifs sont construits pendant le tissage et non imprimés, et que l'assemblage des bandes doit respecter l'alignement des dessins. Un pagne demande des jours de travail.
Peut-on porter du kente sans être d'origine akan ?
Oui, à condition de savoir ce que l'on porte. Ce qui pose problème n'est pas le port du tissu, mais son imitation industrielle et la disparition de son origine.
Où le kente est-il tissé ?
Principalement au Ghana, dans la région ashanti autour de Kumasi et de Bonwire, chez les Ewe autour d'Agotime, et en Côte d'Ivoire en pays agni et baoulé, notamment vers Abengourou.
Comment entretenir un vêtement en kente ?
Lavage à froid ou à 30 °C sur programme délicat, séchage à l'air libre, repassage sur l'envers. Le premier lavage se fait séparément, les teintures artisanales pouvant légèrement dégorger.