Le pagne tissé Sénoufo : comprendre un textile de Waraniéné, aux portes de Korhogo - KaolackCreations

Le pagne tissé Sénoufo : comprendre un textile de Waraniéné, aux portes de Korhogo

Il y a des tissus que l'on achète pour leur motif. Le pagne Sénoufo, lui, s'achète pour ce qu'il contient de travail : un coton cultivé dans la savane, filé à la main, teint, puis tissé en bandes étroites sur des métiers de bois. Tout, du champ au mètre de tissu, se fait au même endroit.

Cet endroit, c'est Waraniéné, un village installé à quelques kilomètres de Korhogo, dans le nord de la Côte d'Ivoire. C'est de là que vient notre pagne Sénoufo, et c'est là que travaille Ismaïl, le tisserand qui nous fournit — nous l'avons rencontré par hasard à Abidjan en 2023.

Cet article explique ce qu'est un véritable pagne tissé Sénoufo, comment il se fabrique, ce qui le distingue de la célèbre toile de Korhogo peinte — les deux sont souvent confondues — et comment le porter aujourd'hui.

Qu'est-ce que le pagne tissé Sénoufo ?

C'est un textile de coton tissé à la main, en bandes étroites d'une dizaine à une vingtaine de centimètres de large, cousues bord à bord pour former le pagne complet. Les motifs — rayures, damiers, chevrons, alternances de couleurs — naissent du fil lui-même pendant le tissage. Ils ne sont jamais imprimés.

C'est le même principe de construction que l'on retrouve dans le kente akan, le pagne Manjak ou le bogolan du Mali : partout en Afrique de l'Ouest, le métier traditionnel produit des bandes, et c'est l'assemblage qui fait l'étoffe.

Ce que le Sénoufo a en propre, c'est sa sobriété. Là où le kente éclate, le Sénoufo joue sur des gammes plus retenues et des géométries franches. C'est un tissu robuste, conçu pour être porté longtemps.

Waraniéné, aux portes de Korhogo

Waraniéné se trouve à cinq ou six kilomètres de Korhogo, sur la route de Sirasso. C'est probablement le plus grand village de tissage artisanal de Côte d'Ivoire : on y compte environ quatre cents tisserands en activité, installés sur des métiers de bois, regroupés en coopérative. Autour d'eux travaillent des fileuses, des brodeuses, des tricoteuses.

Le village a la particularité d'être partagé entre deux communautés, sénoufo et dioula, qui y vivent côte à côte — l'une plutôt tournée vers l'agriculture et la culture du coton, l'autre vers le tissage et le commerce des toiles. Le pagne qui en sort porte le nom du pays qui l'a vu naître : le pays sénoufo.

Le nom du village lui-même signifie, en sénoufo, quelque chose comme « ce n'est le fétiche de personne ».

Du champ au pagne : une chaîne entière au même endroit

C'est ce qui rend ce textile rare. La plupart des tissus dits artisanaux sont tissés à partir de fils industriels achetés ailleurs. À Waraniéné, la chaîne est complète.

Le coton est cultivé sur place, dans la savane du nord ivoirien. Le filage est un travail de femmes : la fibre brute est transformée en fil résistant, à la main. La teinture se fait avec des pigments locaux. Le tissage, enfin, revient aux hommes installés au métier, qui produisent bande après bande.

Un pagne demande donc plusieurs jours de travail et plusieurs paires de mains. C'est ce qui explique son prix, et c'est aussi ce qui explique ses irrégularités.

Pagne tissé ou toile de Korhogo ? Ne pas confondre

C'est la confusion la plus fréquente, et elle mérite d'être levée clairement.

La toile de Korhogofilafani en sénoufo — est un tissu peint. Les motifs, figuratifs et narratifs, sont tracés à la main sur la toile : personnages, animaux, soleil, lune, figures issues de la cosmogonie sénoufo. Le tracé brun se fait à partir d'écorces et de feuilles bouillies, puis les motifs sont repassés en noir avec un pigment fermenté qui fonce avec le temps. Ce travail se fait surtout au village de Fakaha, non loin de là.

Le pagne tissé de Waraniéné n'est pas peint. Ses motifs sont géométriques et construits dans la trame, pendant le tissage.

Les deux sont sénoufo, et les deux sont liés : c'est souvent sur des bandes tissées à Waraniéné que les peintres de Fakaha travaillent. Mais ce sont deux gestes, deux villages, deux objets différents.

Le langage des motifs

Les motifs sénoufo ne sont pas décoratifs à l'origine. Ils étaient liés aux usages : tel dessin pour les fêtes d'initiation, tel autre pour un mariage, tel autre pour honorer les chasseurs. Le répertoire traditionnel compte plusieurs dizaines de motifs identifiés, dont une partie fait aujourd'hui l'objet d'une protection officielle en Afrique de l'Ouest.

Comme pour les symboles Adinkra ou pour le bogolan, il faut lire ces correspondances comme des repères culturels, non comme un code figé : elles varient selon les familles et les époques.

Comment reconnaître un véritable pagne tissé

Beaucoup de vêtements vendus comme « sénoufo » sont des cotons imprimés qui en copient l'apparence. Quatre vérifications suffisent.

Les coutures d'assemblage. Les bandes cousues bord à bord restent visibles sur toute la longueur du tissu. Un imprimé, produit en grande largeur, n'en présente aucune.

L'envers. Sur un tissage, le motif existe structurellement au dos. Sur un imprimé, l'envers est pâle.

Le relief. Le tissage se sent sous les doigts. L'imprimé est parfaitement lisse.

Les irrégularités. Une bande légèrement plus large, un motif qui ne tombe pas exactement en face de son voisin : ce sont les traces du métier et de la main, pas des défauts.

Ces repères valent pour tous les pagnes tissés. Si vous hésitez entre plusieurs étoffes, notre guide quel pagne africain choisir ? les compare un à un.

Porter le Sénoufo aujourd'hui

C'est sans doute le plus facile à porter des pagnes tissés. Ses géométries sobres et ses gammes retenues s'accordent à peu près à tout : un jean brut, une chemise blanche, une pièce noire.

Le coton tissé main a une tenue particulière — un peu de corps, un tombé franc — qui va bien aux coupes structurées : pantalon large, blazer, robe droite. Il s'intègre sans effort à une garde-robe contemporaine.

Il se bonifie à l'usage : le coton s'assouplit lavage après lavage sans perdre sa structure.

Nos pièces en pagne tissé Sénoufo

Le pagne d'Ismaïl quitte Waraniéné pour rejoindre le Sénégal, où Mame Rone, notre maître tailleur, le coupe et l'assemble. C'est ainsi que nous travaillons pour toutes nos pièces : le tissu vient de là où il se tisse depuis toujours, la coupe se fait là où nous sommes. Une façon très concrète de faire vivre une philosophie panafricaine — faire circuler les savoir-faire d'un pays à l'autre du continent, plutôt que de les faire sortir.

Femme

Homme et mixte

À parcourir aussi : nos robes africaines, nos pantalons africains, nos tuniques et hauts femme et nos vestes et manteaux. Un doute sur la coupe ? Notre guide des tailles, silhouettes et coupes vous aide à choisir.

Ces pièces sont également visibles et essayables à Kama The Shop, 51 rue Vauvenargues, Paris 18ᵉ.

Questions fréquentes

Où est tissé le pagne Sénoufo ?
Principalement dans le nord de la Côte d'Ivoire, autour de Korhogo, et surtout au village de Waraniéné, à cinq kilomètres de la ville. L'aire culturelle sénoufo s'étend aussi sur le sud du Mali et l'ouest du Burkina Faso.

Quelle différence avec la toile de Korhogo ?
Le pagne de Waraniéné est tissé, ses motifs sont faits de fils. La toile de Korhogo est peinte à la main sur du coton, avec des motifs figuratifs, principalement au village de Fakaha. Les deux sont sénoufo, mais ce sont deux techniques distinctes.

Le pagne Sénoufo est-il en coton ?
Oui, 100 % coton, cultivé dans la région et filé à la main.

Pourquoi les bandes sont-elles visibles ?
Parce que le métier traditionnel ne produit que des bandes étroites. Elles sont ensuite cousues bord à bord. Ces coutures ne sont pas un défaut : elles sont la preuve du tissage manuel.

Où sont confectionnés vos vêtements ?
Le pagne est tissé à Waraniéné, en Côte d'Ivoire. La coupe et l'assemblage se font au Sénégal, chez notre maître tailleur Mame Rone.

Comment entretenir un vêtement en pagne Sénoufo ?
Lavage à froid ou à 30 °C sur programme délicat, séchage à l'air libre, repassage sur l'envers. Le premier lavage se fait séparément : les teintures artisanales peuvent légèrement dégorger.

Le pagne Sénoufo rétrécit-il ?
Très peu, mais le coton tissé main peut se resserrer légèrement au premier lavage. Évitez l'eau chaude et le sèche-linge.

À lire aussi

À découvrir aussi, nos collections de pagnes tissés : Kente & Kita, Bogolan du Mali et Pagne Manjak.

Retour au blog

Laisser un commentaire