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Nos artisans

Quand j'étais enfant, ma grand-mère m'envoyait chercher son étole dans sa chambre dès que la soirée fraîchissait. Une étole en pagne Manjak, tissée à la main, qu'elle posait sur ses épaules. Je ne savais pas encore que ce tissu avait un nom, ni qu'il venait de métiers étroits tenus par des hommes en Casamance et en Guinée-Bissau. Je savais seulement qu'il était doux, épais, et qu'il sentait sa chambre.

C'est de là que vient Kaolack Créations. Je suis chargée du sourcing sur le continent : c'est moi qui pars, qui rencontre, qui choisis. Mélissa tient la boutique à Paris. Voici les gens que je vais voir.

Patrao — Dakar, Sénégal

Je l'ai rencontré dans la rue, à Fass, devant son métier. Je me suis arrêtée parce que son travail m'a arrêtée, et nous avons discuté. Il tient aujourd'hui deux ateliers, l'un à Fass, l'autre à Colobane, et il travaille avec ses frères : certains tissent les rouleaux, d'autres les étoles.

C'est de son atelier que viennent les pagnes de nos chemins de table et coussins, et de toute notre collection Manjak. Le métier traditionnel produit des bandes de 28,5 cm de large, qu'il faut ensuite coudre bord à bord. Cette largeur, nous ne la corrigeons pas : c'est elle qui donne à nos pièces leurs dimensions.

Tisserand Manjak au métier traditionnel, atelier de Patrao à Dakar

Mamadou — Kolokani, Mali

Nous nous sommes d'abord parlé sur les réseaux sociaux. J'aimais son travail, nous échangions. Puis je suis allée le voir au Mali, en 2016, et nous avons commencé par quelques pièces. Dix ans plus tard, il est notre fournisseur principal de Bogolan.

Le Bogolan se dessine à la boue fermentée, motif après motif, à main levée. Rien n'est imprimé, rien n'est reproduit à l'identique. Dans la cour de sa maison, les pièces sèchent à même le sol — et elles sont immenses.

Sokhna portant un manteau doublé, taillé dans le Bogolan de Mamadou

Mbop — Mweka, Kasaï, République démocratique du Congo

Rencontré en 2018, au cœur du territoire d'où vient la Kuba. Il tresse les fibres de raphia extraites des feuilles de palmier : elles sont séchées, assouplies, puis nouées une à une. Nous rapportons ses grandes pièces brutes, vendues à la boutique de Paris.

Mbop tenant les fibres de raphia brutes, à Mweka au Kasaï

Daniel — Bonwire, Ghana

En 2020, lors d'un de mes premiers voyages au Ghana, je suis allée à Kumasi, puis jusqu'à son village de Bonwire — le berceau du Kente ashanti. Il tisse des bandes étroites aux couleurs franches, qu'on assemble ensuite en pagne. Le tisserand travaille des deux mains et des deux pieds à la fois, plus vite qu'on ne l'imagine.

Tisserand de Kente ashanti au métier traditionnel, à Bonwire au Ghana

Le même voyage m'a menée au Togo, chez les tisserands Ewe. Le Kente ewe est plus sobre, plus géométrique que l'ashanti. Nous proposons les deux : ce sont deux traditions distinctes, et non deux variantes d'une même chose.

Ismaïl — Waraniéné, Côte d'Ivoire

Un pur hasard. En 2023, à Abidjan, il exposait ses pagnes dans le hall de l'hôtel où je logeais. Il vient de Waraniéné, un village de tisserands du nord, et il tisse le pagne Sénoufo, reconnaissable à ses figures dessinées dans le fil.

Moustapha — Soumbédioune, Dakar

Un dimanche de 2025, je faisais visiter le quartier des artisans à une amie camerounaise. Son travail nous a arrêtées toutes les deux.

Moustapha ne monte pas des pièces achetées : il travaille le métal lui-même, aussi bien le bronze que l'argent et l'or. Le métal est chauffé, coulé, martelé, poli. C'est de son atelier que sortent nos bijoux.

Mame Rone — Rufisque, Sénégal

Les tisserands font la matière ; c'est le tailleur qui en fait un vêtement. Mame Rone coupe et coud nos pièces depuis 2025. D'autres l'ont précédé — Ousmane, et quelques-uns avant lui : trouver un tailleur avec qui l'on s'accorde prend du temps, et c'est vrai partout.

Mame Rone, tailleur à Rufisque, au Sénégal

Pourquoi je pars les voir

On peut acheter du pagne sans quitter Paris. Des intermédiaires en vendent, et personne ne saurait dire qui l'a tissé.

Nous avons choisi l'inverse. Je me déplace, je vois les ateliers, je connais les mains. C'est plus long, c'est plus cher, et c'est la seule façon de pouvoir écrire, sur une fiche produit, le nom de celui qui a fait la pièce que vous achetez.

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